Niveau communication, il y a une chose dont j'ai vraiment du mal à m'habituer et qui m'énerve limite un peu (beaucoup), j'ai l'impression que "oui" et "non" n'existent pas ici.

Je ne suis pas tellement capable de vous dire comment cela se dit en langue malgache, ces mots s'apparentent plus à un son difficile pour mon oreille à différencier. En cherchant un peu sur un dictionnaire franco-malgache sur internet, oui serait "aoy" ou "ie", non serait "aha", sachant que les fins de mots sont presque muets... 

Ce que je comprends par contre, c'est "tsisy" qui veut dire qu'il n'y a pas, contrairement à "misy" qui lui veut dire qu'il y a. Un autre mot clair aussi c'est "eka", je le comprends comme une vraie affirmation, entre "c'est bien cela" et "d'accord".

Mais il n'est pas toujours facile de comprendre si le "oui" d'une réponse posée en français signifie vraiment "oui" ou "non"... La langue française est assez tordue, il n'est pas toujours facile de répondre correctement, comme par exemple à la question "Mme Untel n'est pas là aujourd'hui ?", le fait de poser la question en tournure négative rend complexe la réponse (à mon avis, pour une personne qui n'est pas parfaitement bilingue, le "ne" dans la question est perturbant. Mais même si je reformule ma question en "Est-ce que Mme Untel est là aujourd'hui ?", dans les deux cas on me répond "oui". Perturbant, sachant qu'elle n'était pas là.

Dernièrement, nous recrutions pour un poste spécifique. Des gens venaient apporter leurs CV à l'usine. Une candidate m'a téléphoné pour me prévenir qu'elle avait déposé son CV au poste de gardiennage. Il y a deux postes à l'usine, je vais donc demander au premier si quelqu'un est venu amener un CV. Voici le dialogue à peu prêt retranscrit :
- Quelqu'un m'a téléphoné pour me dire qu'elle avait déposé son CV au poste de gardiennage tout à l'heure. C'est vous qui avez récupéré son CV ?
- Oui.
- Est-ce que vous pouvez me le donner ?
- Oui.
- ...
- ...
- Heuu, vous avez le papier que la dame a apporté ? Je peux l'avoir ?
- Oui.
Il rentre dans le poste voir des papier, je pense m'être fait comprendre, mais il ressort et me dit :
- Tsisy!

OK... Au deuxième poste de gardiennage j'ai eu à peu prêt la même discussion. La candidate est revenu le lendemain et m'a donné en main propre son CV. Je n'ai jamais retrouvé celui qu'elle avait déposé la veille...

Ce qui m'énerve, ce n'est bien évidemment pas que les gens avec qui je parle en français ne me comprennent pas. Ce n'est pas leur langue maternelle et moi, à part les mêmes trois mots, je n'arrive pas à intégrer leur langue. Ce qui m'énerve, c'est qu'il y a très peu de gens qui osent me dire qu'ils ne comprennent pas. 
Les dialogues loufoques où ils me répondent tout et leur contraire quand ce n'est pas sur un sujet primordial, ce n'est pas grave. Mais quand c'est pour des demandes spécifiques au travail, il arrive qu'on perde un temps énorme jusqu'à ce qu'une autre personne malgache comprenne ma demande et l'explique bien à la personne qui n'ose pas me dire qu'elle n'avait pas compris...

Malheureusement cela arrive trop souvent je trouve et je deviens limite un gendarme qui revérifie le peu de choses que j'ai pu déléguer car il y a toujours des choses comprises de travers.

Mon patron qui est à Madagascar depuis plus de 20 ans me dit "moi ça fait 15 ans que je travaille avec des gens qui ne comprennent pas !"
Il n'a pas un caractère calme, et même s'il peut s'emporter facilement sur quelqu'un qui a tout fait de travers parce qu'il n'a pas osé dire qu'il n'avait pas compris, franchement, je ne sais pas comment il a fait pendant tout ce temps...

J'ai tout de même la chance d'avoir des personnes, dans mon équipe directe, qui comprennent bien le français ou qui savent me dire si ce que je dis n'est pas clair. Ils m'aident beaucoup justement en tant qu'intermédiaire si besoin.

"Oui" ou "non", ce n'est pas grave au fond. "Peut-être" est la réponse la plus sûre qu'on pourrait me donner finalement !